Illettrisme : la grande Cause nationale et ses ratés ! par Rina DUPRIET

Rina Dupriet, représentante à l’Unesco, dénonce le “raté” de la récente exclusion du système scolaire alors que l’illettrisme avait été désigné comme Grande cause nationale 2013 par le Premier ministre.

À ne pas confondre avec l’analphabétisme, l’illettrisme concerne des personnes qui n’ont pas assimilé les savoirs fondamentaux : lire, écrire et compter. En France, près de 2 500 000 personnes âgées de 18 à 65 ans sont touchées par ce phénomène qui gangrène notre société et handicape notre jeunesse. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a déclaré en mars 2013 la lutte contre l’illettrisme comme Grande cause nationale 2013 et a confié à un collectif de 65 associations le soin de mettre en œuvre tout au long de l’année des projets et des actions d’envergure pour réduire durablement ce phénomène.

Cet engagement national s’inscrit dans les missions de l’Unesco qui, depuis sa création en 1945, s’attache entre autres à éradiquer la pauvreté et à développer l’éducation pour tous tout au long de la vie.

Des dispositifs dépassés

Savez-vous que la pauvreté empêche, dans le monde entier, la scolarisation de 67 millions d’enfants en âge d’être scolarisés dans le primaire, dont 53 % sont des filles et 43 % environ vivent en Afrique subsaharienne ? À travers le monde, 17 % des adultes environ, soit 793 millions d’individus (dont les deux tiers sont des femmes) n’ont toujours pas acquis les compétences élémentaires en matière de lecture et d’écriture. C’est dire tout le chemin qu’il nous reste à parcourir pour permettre à chaque enfant d’accéder à l’éducation !

Et pourtant… chez nous, pays des Droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie, il faut bien reconnaître que si les intentions sont louables au plus haut niveau de l’État, on constate en observant l’actualité du moment que, sur le terrain, nos gouvernants n’ont pas concrètement intégré la problématique. Ils jouent souvent avec les dispositifs profondément dépassés qui produisent les pires « ratés » de notre République !

Comment peut-on imaginer une politique d’intégration et d’accès à l’éducation, notamment pour la jeunesse, lorsque l’on retire d’autorité, au sein même de leur cadre scolaire, des enfants sous prétexte qu’ils sont étrangers et que leur famille est en situation irrégulière ? Parce qu’ils n’ont pas accès à l’éducation dans leur pays, ils ont eu le courage de venir s’instruire chez nous, de parler notre langue et d’engager un processus d’intégration qui leur permettra d’acquérir les connaissances suffisantes pour exercer un métier.

Reprenons nos esprits

La façon de les soustraire à l’école, accompagnée d’une reconduite dans leur pays d’origine, n’a rien d’une rafle. Mais la méthode utilisée n’est plus de ce siècle et donne froid dans le dos lorsque l’on sait que la France veut se montrer en exemple partout et que, par la voix même de son président de la République, sa priorité est dirigée vers la jeunesse ! Ne reproduisons pas ces méthodes éhontées que nous avons connues au cours des dernières guerres et qui existent encore dans certains pays du monde !

Que chacun reprenne ici ses esprits et ne se réfugie pas dans ce que certains qualifient de « ratés » mais qui ressemble en fait à une véritable faute collective ! Si l’environnement législatif et réglementaire était suffisamment clair et maîtrisé, nous n’en serions pas arrivés là ! Alors militons tous au sein de cette grande cause nationale et œuvrons tous ensemble pour éviter ces « ratés » qui font terriblement souffrir des individus déjà meurtris par leur destinée et mettent en danger les valeurs de notre République !

Comment peut-on imaginer une politique d’intégration lorsque l’on retire du cadre scolaire des enfants sous prétexte qu’ils sont étrangers ?

 Rina Dupriet, Administratrice territoriale, maire adjoint de Buc (78) chargée de la culture
Vous pouvez retrouver cet article sur le site de La Lettre du cadre territorial en cliquant ici.

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